Question sur l’arrêt des dénaturalisations en 1943

La falsification de l’histoire avec Laurent Joly, en dialogue avec Gérard Rabinovitch. Alliance Israélite Universelle par zoom 1er mars 2022

  • Monsieur Laurent Joly, confirmez-vous l’arrêt de la dénaturalisation des juifs, selon le témoignage de M. Roussel, (rapport au Maréchal les 24 mars et 28 août 1942) haut fonctionnaire en charge de ces dénaturalisions, au procès Pétain ?

J’évoquais aussi le rôle du nonce Valerio Valery et du Vatican. 

Je n’avais évidemment pas la possibilité de bien préciser ma question, c’eut été trop long. Elle était donc lapidaire.

Plus tard, le 15 mars j’ai précisé via l’AIU la question  :

  • Gérard Boulanger dans son ouvrage « A mort la Gueuse » éd. Calmann-Lévy 2006, mentionne que le nouveau gouvernement Pétain sollicite le Vatican comme intermédiaire avec l’Italie, et le nonce de Pie XII, Mgr Valerio Valeri à Bordeaux le 17 juin 40 à 9h (note de Baudoin nommé par Pétain ministre des affaires étrangères). Baudoin passe aussi par l’ambassadeur d’Espagne Lequerica pour une indirecte liaison avec Hitler. Le 21 juin Valerio Valeri « présidera à la nonciature une réunion de tout le corps diplomatique qu’il sermonna pour le convaincre de passer en Espagne si le gouvernement français s’avisait de quitter Bordeaux et de rejoindre l’Empire dans une perspective de résistance. Il va de soi qu’une telle dissociation entre le corps diplomatique et le gouvernement français aurait alors privé ce dernier de toute légitimité au regard de la communauté internationale. » (pp. 186-187). 
  • En 1942, le Vatican, stratège confessionnel qui a en quelque sorte choisi le nazisme contre le bolchevisme (pour dire court), sans nul doute renseigné sur la « solution finale », intervient auprès de Pétain pour que cesse les dénaturalisations des juifs français. La position séculaire de L’Eglise romaine est de pratiquer l’ostracisme des juifs ou leur conversion, pas leur extermination. Ce qui n’a pas empêché les buchers de l’Inquisition.
  • Jean Marc Varaut, « Le procès de Pétain » éd. Perrin 1995), rapporte le témoignage de J.M. Roussel (pp.260-262) qui montre que Pétain fut bien obligé de s’opposer à la dénaturalisation – qu’il partageât ou non la conception du Vatican. Dans la deuxième partie « 1995 le procès posthume » l’auteur fait son exposé détaillé de la question juive en France. Il en ressort que le Saint-Siège et la population française et la police à partir du deuxième semestre 1942 n’acceptent plus la politique anti-juive de l’Etat Français i.e. le régime de Vichy. Sous cette pression, le gouvernement et Pétain cesseront les dénaturalisations en pratique et par principe d’autonomie des autorités françaises en conformité aux accords d’armistice. 
  • J.M. Varaut avocat de son état, adresse une critique d’ordre méthodologique à « l’historien d’aujourd’hui (1995) qui, selon lui, commet l’erreur de ne s’appuyer que sur les textes émanant de l’administration (p. 491) ». Qu’en pensez-vous ?
  • C’est pourquoi je vous renouvelle ma question à propos du témoignage de Roussel, haut fonctionnaire au Conseil d’Etat, président de la Commission de révision des naturalisations créé le 22 juillet 1940, sous la forme cette fois plus générale : Pétain et son gouvernement Laval ont-ils, de facto, malgré leur infâme politique d’exclusion de droits civils et politiques et d’ostracisme, épargné la vie de juifs au moins en refusant et en cessant presque complètement les dénaturalisations qu’exigeaient les Allemands à partir du 8 juin 1943, injonction de Himmler de publier la loi de dénaturalisation (rédigée par Darquier)  ? Cette loi ne sera pas publiée sur décision de Laval « en raison des répercussions que cette loi serait susceptible d’entraîner ». Voir pp. 498 et suivantes in Le Procès Pétain.

Alain Desaint, 15 mars 2022

Jusqu’à présent (23 mars 2022), Monsieur Laurent Joly n’a pas répondu.

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